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Emmanuel d'Astier de la Vigerie écrit de la jeune femme originaire de Salornay-sur-Guye : "une amazone agrégée d'histoire" lorsqu'il parle d'une des cinq personnes regroupées autour de Libération à Clermont-Ferrand.
Aves Lucie Aubrac, nous remontons aux sources de la Résistance à l'occupant nazi. Il existe toujours un commencement et elle en fut, en participant à Clermont-Ferrand à la fondation du journal Libération, devenu rapidement Mouvement de résistance. C'est aussi pour cela, qu'en la suivant dans son action de résistante, nous pouvons voir comment se tissent les liens, coment s'organisent des gens, se déploie ce quie st nommé "la Résistance et, à chacune de ses étapes, rencontrer des figures singulières de ce combat. A l'orgine de ce journal, Jean Cavaillès, maître de conférences de philosophie à la Faculté des Letteres de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, faculté laquelle appartenait Lucie Aubrac dont le premier poste d'enseignante avait été en 1938 le Lycée de jeunes filles de Strasbourg. Dans cette ville, elle rencontra l'ingénieur des Ponts, Raymond Samuel qui effectuait son service militaire dans le Génie et qu'elle épousa en 1939. Il prendra le pseudonyme d'Aubrac dans la Résistance. Par relations, Cavaillès entre en contact avec d'Astier de la Vigerie, officier de marine, journaliste, qui avait créé La Dernière Colonne en novembre 1940 avec le général Corniglion-Molinier, une des premières tentatives de propagande et d'organisation contre l'occupant et les traîtres de Vichy. Ensuite, ils entrèrent en contact avec Jean Rochon du journal La Montagne.Jean Cavailès et son collègue Georges Canguilhem rédigent le premier manifeste de Libération qui deviendra Mouvement de résistance, nommé Libération-Nord, créé en zone occupée un peu plus tard. Libération-Sud sera un des trois grands "Mouvements" de la zone sud avec Combat et Franc-Tireur.
Lucie Aubrac effectue un travail de recrutement important pour Libé-Sud. En bonne logique, comme ce fut souvent le cas dans la Résistance, elle prend contact avec ses relations d'avant-guerre, faisant fonctionner des réseaux fondés sur des relations directes et authentiques entre les gens. Ainsi, Jean-Pierre Vernant, démobilisé à Narbonne en juillet 1940, nommé professeur de philosophie à Toulouse en septembre 1940 est contacté par Libé-Sud par l'intermédiaire de son frère qui a rencontré Jean Cavaillès à Clermont-Ferrand et Lucie Aubrac à Lyon. Elle avait milité avec les frères Vernant au Quartier Latin au sein des Etudiants communistes en 1931-1934, au moment des affrontements avec les fascistes, temps où elle se révélait déjà femme d'action et de terrain. Se retrouvent ainsi à Libération-Sud un groupe de jeunes intellectuels qui s'étaient connus à Paris dans le combat antifasciste des années 30 et qui le poursuivent malgré le pacte germano-sociétique. Cela explique leur appartenance à Libération-Sud et non aux organisations de Libération nationale mises en place plus tard, après juin 1941, par le Parti Communiste. La jeune fille était montée à Paris suivre des études à La Sorbonne dont elle sortira agrégée d'histoire. Issue d'une famille de vignerons, dans une région où l'attachement à la République laïque est fort; avec un père revenu grand blessé de la guerre de 14, l'engagement antifasciste et patriotique de Lucie Bernard fut, lui aussi, logique.
"Nous partirons dans l'ivresse", tel fut le message annonçant une opération d'atterrissage sur le terrain Orion à Cosges, le 8 février 1944. L'avion Hudson déposa le lieutenant-colonel Fourcaud, chef de la Misson "Union" du BCRA, la délégué militaire régional Burdet et il emporta Lucie, Raymond Aubrac, leur jeune fils Jean-Pierre et un aviateur anglais en direction de l'Angleterre. Cinq personnes ne purent monter à bord ; l'avion s'était embourbé dans un terrain humide et nécessita un allègement maximum. Il fallut l'aide massive des paysans du village pour désembourber l'avion à l'aide des chevaux, de boeufs, des pelles et des pioches.
Bernard Morey de Cuiseaux appartenait au mouvement Combat et il reçut le premier parachutage en Saône-et-Loire, le 26 octobre 1942. Il fut plus particulièrement chargé des transports et de l'hébergement des passagers allant ou arrivant de Londres sur les terrains voisins. Il témoigne avoir reçu une centaine de personnes avant d'être arrêté par la gendarmerie de Vichy puis déporté. Les Aubrac passèrent chez lui avant leur départ. Du 21 octobre 1943 au 8 fécrier 1944, les Aubrac furent pris en charge, hébergés, nourris, protégés par de nombreuses personnes. Toute cette chaîne d'hommes et de femmes traduit le réel de la Résistance.
Avant cela, il y avait eu Caluire, le 21 juin 1943 et la grande figure de Max dont on a su après qu'ils e nommait Jean Moulin. Ce jour-là, un commando nazi investit la maison du docteur Dugoujon à Caluire et arrête Jean moulin, représentant du général De Gaulle en France ainsi que plusieurs chefs des Mouvements Unis de Résistance (MUR) et de l'Armée Secrète (AS) dont Raymond Aubrac, inspecteur général de l'AS. Après l'arrestation à Paris, le 9 juin 1943, du général Delestraint (Vidal), chef de l'AS et d'un de ses adjoints, le colonel Gastaldo, Moulin voulait réorganiser le dispositif militaire et les liaisons. Aubrac serait nommé inspecteur général de l'As en zone nord et André Lassagne pour la zone sud.
Le 21 octobre 1943, les groupes francs de Libé-Sud à Lyon, dirigés par Georges Bréchant (Jo), réussissaient à libérer Raymond Aubrac au cours d'un opération pensée et organisée par sa femme Lucie dont les faux papiers portaient le nom de Ghillaine de Barbentane, née à Blanzy, Saône-et-Loire. Elle avait déjà réussi à faire sortir Aubrac de prison une première fois le 10 mais 1943 alors qu'il avait arrêté par la police française, en menaçant le procureur de représailles.
La fin de la guerre de passe pour les Aubrac dans la sphère de l'Etat. Désignée par les MUR comme "représentante de la Résistance intérieure", elle siège en 1944 comme député à l'Assemblée consultative mise en place par De Gaulle à Alger. Quant à Raymond Aubrac, il est nommé par De Gaulle Commissaire de la République à Marseille puis Commissaire aux Travaux au Ministère de la Reconstruction.
La paix revenue, Lucie Aubrac sera actionnaire du journal Libération dirigé par D'Astier de la Vigerie. Comme lui, les Aubrac resteront longtemps proches du parti communiste. Ainsi, en juin 1946, Hô-Chi-Minh, dirigeant du Vietminh, vient négocier en France, il est logé chez les Aubrac. |